Abeille mellifère Apis mellifera sur une fleur jaune
Apis mellifera en butinage. © Andreas Trepte / CC BY-SA 2.5

Pourquoi la pollinisation est-elle déterminante pour les cultures ?

La pollinisation entomophile — assurée par des insectes — est indispensable à la reproduction sexuée de nombreuses plantes cultivées. Elle permet le transfert du pollen des anthères vers les stigmates, déclenchant la fécondation et la formation des fruits et des graines. Sans ce mécanisme, une partie importante des cultures fruitières, oléagineuses et maraîchères produirait peu ou pas.

En France, les travaux conduits par l'INRAE et le Muséum national d'Histoire naturelle ont mis en évidence la part déterminante de l'entomofaune sauvage et de l'abeille domestique dans la pollinisation des agrosystèmes. Le déclin de certaines populations de pollinisateurs sauvages (bourdons, abeilles solitaires) a orienté l'attention sur le rôle de compensation — partiel — de l'abeille domestique.

Les grandes cultures concernées

Le colza (Brassica napus)

En France, le colza est la principale culture oléagineuse. Bien qu'autofertile, il bénéficie significativement de la pollinisation croisée assurée par les insectes, qui améliore le taux de nouaison et la taille des graines. Des études menées dans le cadre du programme Écophyto ont observé que la présence de ruchers à moins de 2 km des parcelles de colza est associée à une meilleure homogénéité de la récolte.

La floraison du colza, en avril–mai selon les régions, représente une ressource pollinifère et nectarifère majeure pour les colonies au sortir de l'hiver.

Le tournesol (Helianthus annuus)

Le tournesol est anémophile pour l'essentiel mais profite aussi des visites d'insectes. Les variétés hybrides utilisées dans les grandes cultures sont souvent plus dépendantes de la pollinisation entomophile que les variétés populations. Les abeilles sont attirées par le pollen abondant des capitules, assurant un brassage génétique favorable dans les cultures de semences.

Les vergers de pommiers et de cerisiers

Les arbres fruitiers à pépins (pommiers, poiriers) et à noyaux (cerisiers, pruniers) sont fortement dépendants de la pollinisation croisée. La mise en place de ruches à l'entrée des vergers lors de la floraison (mars–mai selon l'espèce et la région) est une pratique courante en arboriculture. En Normandie et en Vallée de la Loire, l'apiculture de pollinisation est une composante reconnue de la filière cidricole et arboricole.

Le rôle des pollinisateurs sauvages

Outre l'abeille domestique, la France abrite plusieurs centaines d'espèces d'abeilles sauvages (osmies, andrènes, halictes, bourdons) et d'autres insectes pollinisateurs (syrphes, papillons, coléoptères). Certaines espèces sont plus efficaces que l'abeille domestique pour certaines cultures : l'osmie rousse (Osmia bicornis) est ainsi particulièrement performante pour la pollinisation des pommiers du fait de son comportement de butinage.

Les haies, les bandes enherbées, les jachères fleuries et les prairies naturelles constituent des refuges indispensables pour ces espèces. Leur maintien dans les paysages agricoles est un facteur de diversification des pollinisateurs disponibles pour les cultures environnantes.

Pollinisation dans les jardins ruraux

À l'échelle du jardin familial ou du potager, la présence de plantes à fleurs — lavande, bourrache, phacélie, trèfle — à proximité des cultures maraîchères (courgettes, haricots, fraisiers, tomates) favorise la présence d'insectes pollinisateurs et améliore la production. Cette pratique, documentée par les services du ministère de l'Agriculture dans le cadre des plans de gestion différenciée, contribue aussi à maintenir les populations locales d'abeilles sauvages.

Dans les jardins de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la lavande vraie (Lavandula angustifolia) constitue une ressource nectarifère majeure en juillet, visitée massivement par les ouvrières des ruchers des alentours mais aussi par de nombreuses espèces d'halictes et de bourdons.

Sources